L’ensemble du « Factchecking » en français

L’ensemble du « Factchecking » en français

00:00:41 Citation de Mahmoud Abbas devant le Parlement européen

« Dès que cette occupation cessera, c'en sera fini des excuses et prétextes. Le terrorisme, la violence et l'extrémisme à travers le monde entier, au Proche-Orient, en Europe, comme ailleurs, prendront fin.

De plus, j'aimerais ajouter qu'il y a tout juste une semaine, quelques rabbins, en Israël, ont exhorté leur gouvernement à empoisonner notre eau, pour tuer des Palestiniens. N'est-ce pas là une incitation claire au massacre du peuple palestinien ? »

Texte du film :

Standing ovation. Le président du Parlement européen Martin Schulz tweete : « Un discours inspirant ! » Pardon ? Des rabbins qui veulent empoisonner les puits des Palestiniens pour leur voler leurs terres ? C'est une légende qui circule en Europe depuis le Moyen-Age, pour mieux exproprier, expulser ou massacrer les Juifs.

Deux jours plus tard, Mahmoud Abbas admet que ce mensonge est infondé, mais il est désormais ancré dans des millions de têtes.

« Quand les Palestiniens obtiendront justice, a dit Abbas, la terreur cessera dans le monde entier... »

Ça ne vous rappelle rien ? Des citations de gens célèbres...

(suit un extrait d'un discours de Julius Streicher)

Remarques :

Le texte du commentaire ajoute d'autres éléments à la citation de Mahmoud Abbas : « Des rabbins qui veulent empoisonner les puits des Palestiniens ». Mahmoud Abbas ne parle pas de « puits », pas plus que des « projets » des rabbins pour empoisonner l'eau. Dans les citations présentées, il n'est pas non plus question de « voler des terres ».

Cette interprétation vise à inscrire le discours de Mahmoud Abbas dans la lignée d’une tradition remontant au Moyen Âge, qui consistait à accuser les Juifs d’empoisonner les puits pour mieux les « déposséder, expulser ou massacrer. » Dans son discours, dont les citations commentées plus haut ont été extraites, Mahmoud Abbas souligne en outre l'objectif d'une coexistence pacifique entre deux États, Israël et la Palestine.

C'est pourquoi nous estimons la comparaison entre Mahmoud Abbas et Julius Streicher inappropriée. Julius Streicher était l’éditeur de Der Stürmer, un journal antisémite qui soutenait la propagande d’Hitler.

Mahmoud Abbas ne parle pas de la « résolution de la question juive » dans son discours, en tout cas pas dans le sens où le fait Streicher.

00:02:18  Utilisation de la recherche actuelle

Texte du film :

« Voltaire, Hegel, Kant, Rousseau, Diderot, Molière, Shakespeare, Heidegger, pour n'en citer que quelques-uns. Même Goethe était contre le mariage entre chrétiens et Juifs. Dans ses écrits, Richard Wagner était souvent raciste. Il était l'un des célèbres représentants de la nouvelle littérature de haine des 19e et 20e siècles. Bien des pamphlets d'auteurs aujourd'hui tombés dans l'oubli ont été exclusivement consacrés à la « question juive ». Souvent en Allemagne, mais aussi en France, en Grande-Bretagne et ailleurs. »

Remarques :

Le développement historique de l’antisémitisme dans le nouveau Testament, dans les écrits de Martin Luther, de Molière, de Richard Wagner et d’autres qui est esquissé ici ne tient pas compte de chaque contexte historique et ignore les résultats de la Recherche, par exemple sur l’antisémitisme de Richard Wagner.

À présent, selon ces recherches récentes, il n’est plus considéré comme raciste, mais bien plutôt son « idée de la rédemption » se positionne contre les notions de race de son temps.

En outre, à ce sujet il y a pléthore de travaux scientifiques : par exemple Dieter Borchmeyer : « Wagner, Nietzsche und das Judentum », in : Jutta Georg, Renate Reschke (éd.) : « Nietzsche und Wagner. Perspektiven ihrer Auseinandersetzung », Berlin, 2016, p. 220.

00:03:21 Rôle de la culture chrétienne

Texte du film :

A propos de culture... La culture chrétienne, source de toute haine antisémite. Chaque crucifix rappelle la machination chrétienne : les Juifs ont trahi le Messie pour une poignée de deniers.

Remarques :

Nous estimons problématique cette qualification.
Le crucifix, par exemple, n’est pas un symbole de la haine des Juifs, contrairement à ce que le texte pourrait suggérer. Mais un symbole de l’expiation des péchés de ce monde.

Par contre, à plusieurs reprises dans l’Histoire, la Passion du Christ a servi à justifier l’antijudaïsme.
Et il est important de rappeler que la notion d’antisémitisme n’apparaît que vers le milieu du 19e siècle.
Alors que l’antijudaïsme est une forme d’hostilité à l’égard des Juifs aux motivations religieuses, l’antisémitisme postule une hégémonie des Juifs dans la société capitaliste et leur infériorité « raciale ».

Depuis longtemps, l’Église catholique et les Églises protestantes ont pris leurs distances avec le sentiment antijudaïque.

Après la Deuxième Guerre mondiale, le synode de l’Église évangélique allemande reconnaît très clairement l’origine commune des Juifs et des chrétiens en 1950 dans son Message sur la question juive (« Wort zur Judenfrage »). Le Vatican fait de même dans une déclaration en 1965 (Nostra Aetate).

La haine des Juifs n’est d’ailleurs pas une invention de la chrétienté. Déjà les Grecs de l’Antiquité étaient pour une partie d’entre eux ouvertement ennemis des Juifs, tels par exemple Apion d’Alexandrie ou Antiochos IV Épiphane.

00:07:51 Citation d’Annette Groth, chargée des droits de l’Homme du parti « Die Linke »

Texte du film :

Insert : Annette Groth, chargée des droits humains au parti « Die Linke »

« C'est délibérément que l'alimentation en eau a été mise hors d'usage à Gaza. C'est un acte qui va à l'encontre des droits de l'Homme. Il n'y a pratiquement plus aucun moyen de subsistance à Gaza. L'État d'Israël sera le premier à en subir les conséquences. Tous ces produits chimiques... Ces milliers de tonnes de produits chimiques vont progressivement atteindre la mer. Ils vont se disperser dans la mer Méditerranée. Ils contiennent des matières toxiques, et on le sait. C'est très dangereux pour tout le monde, en fait. »

Message reçu. Au nom de tous les Juifs, les Israéliens empoisonnent aujourd'hui la Méditerranée.

Dommage pour la grande bleue... On l'aimait bien.

Remarques :

L’affirmation selon laquelle « au nom de tous les Juifs, les Israéliens empoisonnent aujourd'hui la Méditerranée » est une déformation des propos de Madame Groth. Ces propos ne contiennent aucun jugement sur l’ensemble « des Juifs ».

Madame Groth évoque un immense problème à Gaza: la pollution de l’aquifère côtier, le plus grand réservoir d’eau potable. Mais cette pollution est avant tout liée à la surexploitation des nappes phréatiques, pratique antérieure à l’occupation de Gaza par Israël.

Par ailleurs, si l’alimentation en eau est si difficile, c’est surtout à cause du pouvoir en place à Gaza, le Hamas étant en conflit avec l’Autorité palestinienne.

00:07:51 Intervention de spécialistes

Texte du film :

 Prof. Dr. Monika Schwarz-Friesel :

« Vous ne verrez jamais un antisémite déclarer publiquement, devant une mairie, dans la presse ou lors d'un débat télévisé : « Oui, je suis antisémite, je hais les Juifs. Les Juifs sont des gens atroces. » Personne ne fait ça. Mais ils ont ces convictions et ces sentiments en tête, et ne peuvent s'en défaire. Car l'antisémitisme a un caractère compulsif. Il peut même tourner à l'obsession, comme nos études l'ont montré. Alors, ils esquivent verbalement, ils utilisent des paraphrases. Ils ne disent pas « les Juifs sont le poison du monde », mais « Israël est le poison du monde ». Ils ne disent pas « les Juifs contrôlent la finance mondiale », ils citent des noms à consonance juive : Rothschild, Goldman Sachs. Ils écourtent d'anciennes formules : ce qu'avant 1945, on appelait « la finance juive internationale », devient « la finance internationale ». Ils ne disent pas « les Juifs », mais « les cercles influents ». Ou encore « des banquiers de la côte Est ». Voire « les sionistes », « le lobby israélien ». Il y a de multiples possibilités de faire référence aux Juifs, sans jamais effectivement les nommer. »

Remarques :

La linguiste Monika Schwarz-Friesel est interrogée au sujet d’une étude consacrée au langage de la judéophobie au XXIe siècle (« Sprache der Judenfeindschaft im 21. Jahrdhundert ») qu’elle a publiée en 2012 avec Jehuda Reinharz. Les chercheurs avaient étudié plus de 14 000 lettres adressées au Conseil central des Juifs d’Allemagne et à l'ambassade israélienne en Allemagne. C’est donc à dessein que cette étude portait sur des documents résolument antisémites.

00:12:55 Rappels historiques  – Le mufti Mohammed Amin Al-Husseini

Texte du film :

La Palestine, dans les années 1920. Le pouvoir colonial britannique nomme Mohammed Amin Al-Husseini grand mufti de Jérusalem. Peu après, celui-ci prend la tête du mouvement arabo-palestinien, avec le soutien financier et militaire de Hitler et de Mussolini.

Remarques :

Mohammed Amin Al-Husseini est nommé grand mufti de Jérusalem en 1921. Jusqu’au soulèvement de 1936, il est favorable aux Britanniques, C’est seulement cette année-là, soit 15 ans après, qu’il fonde le Haut comité arabe, qui s’engage pour l’indépendance face aux Britanniques.

La même année, il sollicite le soutien de Benito Mussolini contre les Britanniques. Les premiers contacts avec le régime national-socialiste n’ont lieu qu’un an plus tard et s’intensifient au cours de l’année 1940.

Le texte de commentaire induit que l’alliance scellée entre les Palestiniens et les fascistes européens était déjà d’actualité dans les années 1920.

00:14:52 Rappels historiques : L’OLP

Texte du film :

Ironie de l'histoire: le mufti a servi les nazis, puis l'OLP et la lutte pour la libération de la Palestine par la terreur.

Remarques :

L’OLP n’a été fondé qu’en 1964, soit presque 20 ans après la Deuxième Guerre mondiale.

00:14:52 Le financement du mausolée Yasser Arafat

Texte du film :

« … qui, depuis 50 ans, est largement soutenue par la gauche occidentale, même après la mort d'Arafat. Son mausolée a d'ailleurs été cofinancé par l'UE, à hauteur de 1,5 million d'euros. »

Remarques :

Ce financement n’est pas vérifiable. L’Autorité palestinienne a financé à hauteur de 1,5 million d’euros le musée dédié à Yasser Arafat, édifice qui jouxte le mausolée. L’Union européenne a notamment pris en charge le versement des salaires.

00:19:54 Catégorisation historique – la gauche et le national-socialisme

Texte du film :

Dr. Stephan Grigat

« Le besoin de relativiser le national-socialisme est parfois encore plus marqué à gauche qu'à droite. Il n'y a pas de pire affront pour la gauche que ce qui a été documenté par le national-socialisme, à savoir que le concept révolutionnaire de prolétariat ne répond pas aux espoirs que des générations de marxistes ont placés en lui. La théorie critique d'Adorno et Horkheimer est fondamentale parce qu'elle a été la première à dénoncer cet échec historique inimaginable, à savoir qu'une grande partie du peuple allemand, y compris la classe ouvrière, a été intégrée dans le projet nazi d'extermination et que cela s'est fait sans la moindre opposition. Ils ont été les premiers à tenter d'intégrer ça dans la théorie de la gauche, à tenter de rendre des comptes sur ce que ça signifie. Une grande partie des gens de gauche ont agi comme si on pouvait tout reprendre de zéro, en 1932. »

Remarques :

À cette affirmation, manque la catégorisation suivante : les systèmes socialistes comme ceux de la RDA et de l'Union soviétique se distinguent nettement du national-socialisme. Dans l'idéologie de la RDA et de l'Union soviétique, le fascisme était la forme la plus élevée de l'impérialisme, et, à cet égard, faisait partie intégrante d'une évolution sociale scientifiquement étudiée.

En Union soviétique et en RDA, on a expliqué l'apparition du national-socialisme par le biais de ce qu'on appelle la "mise du pied à l'étrier" par l'industrie et par une classe ouvrière divisée entre sociaux-démocrates et communistes. En RDA, le mouvement de résistance communiste face aux nazis a été étudié, documenté, et utilisé à des fins de propagande.

Dans ce contexte, l’affirmation qu’« une grande partie des gens de gauche ont agi comme si on pouvait tout reprendre de zéro, en 1932 » doit être vue de manière critique.

00:22:56 Catégorisation historique – Attaques contre les civils arabes

Texte du film :

Rafael Eitan dit « Rafi », ancien membre de la Haganah et du Palmah

« Jusqu'en novembre 1947, nous avons uniquement combattu les Britanniques.

Par le biais d'opérations très sélectives. Sur ces deux années, 1946 et 1947, nous avons dû mener 10 ou 15 opérations. Ces opérations étaient purement symboliques. En dehors d'un incident survenu à l'hôtel King David, il n'y a jamais eu de victimes. A l'époque, nous n'avons rien entrepris contre les Arabes. »

Remarques :

C'est l'organisation militaire sioniste Irgoun qui a posé les bombes qui ont explosé à l'hôtel King David en 1946. 91 personnes ont été tuées. Cette même organisation fomentait déjà des attentats contre les Britanniques depuis 1937, hormis une courte trêve entre 1940 et 1943. Ces attentats ont aussi touché des civils arabes qui travaillaient pour les Britanniques.

00:27:59 Remarques sur l'exposition «La Nakba»

Texte du film :

« L'exposition "La Nakba" entretient le culte de l'expropriation et réécrit l'histoire. On passe sous silence l'antisémitisme d'après-guerre, dans les pays arabes voisins, qui a poussé les Juifs à fuir, leurs biens et leurs comptes confisqués. Environ 850 000 Juifs ont dû quitter leur pays, l'Egypte ou l'Irak, pour gagner Israël, sans droit de retour. Un échange de population, en quelque sorte. »

Remarques :

À ce sujet, Ingrid Rumpf, présidente de l’association des « Enfants réfugiés au Liban » - qui a conçu l’exposition en 2008 - répond au WDR comme suit:

«J’aimerais vous communiquer les informations suivantes concernant la démarche de Joachim Schröder, de la société de production « Preview Productions München » :

En 2015, au cours de l’Assemblée de l'Église évangélique allemande à Stuttgart, les membres de l'équipe de tournage sont venus m’interviewer sur le stand de notre exposition itinérante : « La Nakba – La catastrophe des Palestiniens en 1948 ». Ils se sont présentés seulement par leurs noms, ne m'ont donné aucune carte de visite et ne m’ont pas dit le nom de leur société de production.

On m'a dit que les prises de vues étaient destinées à un film que cette équipe allait produire pour Arte. Le sujet : la polémique en Allemagne autour du débat sur le conflit au Proche-Orient. Partant du principe que le film devait être produit pour Arte, j'ai présumé - comme d'autres personnes interviewées, d'ailleurs - qu'il s'agissait d'un projet sérieux, qui serait fait également dans notre intérêt.

Quand j'ai appris que l'équipe du film avait décrit Annette Groth comme une personne qui haïssait Israël, j’ai commencé à avoir des doutes sur le sérieux du projet. Après avoir fait des recherches sur Internet, j’ai réalisé qu'il y avait fort à craindre qu’il s’agirait davantage d'un film qui voudrait mettre toute critique envers la politique israélienne sur le compte de l'antisémitisme. J’ai contacté à nouveau J. Schröder par e-mail pour lui faire part de mes réserves. À la suite de sa réponse assez insolente, j’ai fait appel à un avocat. Par le biais de cet avocat, j’ai fait interdire à l'équipe du film d’utiliser l’interview à d’autres fins qu’un film avec Arte.

L’enregistrement de l’interview n’a finalement pas été utilisé, sans doute aussi parce que mes déclarations ne révélaient d’aucune manière une attitude « antisémite ».

Toujours est-il que l'exposition « La Nakba » a été discréditée de manière complètement injustifiée. Dans l'ensemble, l'équipe du film ne s'est vraiment pas comportée de façon sérieuse, à mon avis, et on ne peut pas dire que cela m’ait encouragé à avoir confiance dans les reportages journalistiques. »

Au sujet de l’exposition, elle écrit :

« Depuis neuf ans, notre association et moi-même - en tant que créatrice de l'exposition : « La Nakba — La catastrophe des Palestiniens en 1948 » — nous faisons l'expérience douloureuse d'allégations diffamatoires relatives à l'antisémitisme. Et ceci, malgré le fait que l’exposition ait le soutien du Service des Eglises évangéliques pour le développement et de la Fondation pour le développement et la coopération du Land de Bade-Wurtemberg. L’exposition a aussi été soutenue par plus de 50 personnalités renommées du monde de la politique, de l’Église, de la culture et des médias, par exemple Alfred Grosser, Norbert Blüm, le regretté Rupert Neudeck, Manfred Kock, Johan Galtung, Franz Alt, pour ne citer qu'eux. Par ailleurs, l’exposition a déjà été réalisée en versions anglaise et française et présentée au Parlement européen à Strasbourg, ainsi qu'aux Nations Unies à Genève. »

Lien vers l'exposition, avec le contenu, les sympathisants, la chronologie des événements, etc.

00:28:26 Les ONG invitées lors du rassemblement des Églises évangéliques allemandes

Texte du film :

« Le rassemblement religieux réunit des dizaines d'ONG qui militent pour le bien-être des Palestiniens. Elles sont financées par l'Église, par des dons, et avant tout par de l'argent public. C'est notamment le cas de l'EAPPI, Pax Christi, Amnesty International, Oxfam, Medico, la FIDH, Vision du Monde, et bien d'autres.

Certaines de ces grandes organisations financent des centaines de petites ONG, dirigées soit par des Palestiniens, soit par des Israéliens. Le nombre d'ONG sur place est totalement disproportionné. »

Remarques :

Les réalisateurs n’ont pas contacté les associations citées, qui n’ont pu s’exprimer qu’ultérieurement, à l’invitation du WDR ou en réaction à la mise en ligne du film sur le site du quotidien Bild.

Vision du Monde n’intervient plus dans la bande de Gaza depuis 2016.

Le mouvement Pax Christi a déclaré au WDR qu’il s’engageait pour « une résolution pacifique des conflits » et « une entente israélo-palestinienne ».

À ce propos, le mouvement ajoute :

« Lors du rassemblement des Églises évangéliques allemandes de Stuttgart, en 2015, des personnes interrogées par cette équipe de tournage se sont plaintes qu’elles avaient été mal informées des intentions des auteurs du film ; elles ont protesté a posteriori et ont fait appel à des avocats […] On peut se demander si le film a été fait avec honnêteté et sérieux.

« Le véritable propos de ce film est rendre taboue toute critique de la politique d’occupation menée par Israël en la taxant d’antisémitisme. Le film ne décrit pourtant pas plus la politique israélienne qu’il n’explique ce qu’est le sionisme. Il dresse le portrait d’une France et d’une Allemagne où l’antisémitisme serait omniprésent. Pourtant, Wolfgang Benz, un chercheur allemand de renom spécialiste de la question, dit que l’antisémitisme ne connaît pas de recrudescence outre-Rhin. Il aurait aussi fallu mentionner l’étude sur l’antisémitisme de Wilhelm Kempf, de l’Université de Constance, en Allemagne : celle-ci conclut que les Allemands qui militent pour les droits des Palestiniens agissent pour défendre les droits de l’Homme, et non par antisémitisme. Mais de tels avis d’experts n’ont pas leur place dans ce film partial, à l’argumentation unilatérale.

[…]

« Après avoir énuméré des ONG [dont Pax Christi], le film dit ceci : « Ces grandes organisations financent des centaines de petites ONG, dirigées soit par des Palestiniens, soit par des Israéliens. » [sic]

« Cette affirmation est fausse. Pax Christi n’apporte pas de soutien financier à des ONG palestiniennes ou israéliennes. [C’est la rédaction qui souligne.]

« Je vous envoie trois communiqués de Pax Christi qui éclairent notre action au Proche-Orient. »

On peut lire la déclaration suivante dans l’un de ces communiqués :

« La paix du Christ est un espoir permanent et une vision au cœur de notre mouvement. La non-violence active est au centre de l’action politique visant à faire advenir un monde juste sans violence et sans armes. Nous défendons les droits des hommes et des peuples et nous contribuons à une culture de la paix. »

00:28:52  Nombre des ONG impliquées politiquement en Cisjordanie et à Gaza

Texte du film :

« Certaines de ces grandes organisations financent des centaines de petites ONG, dirigées soit par des Palestiniens soit par des Israéliens. Le nombre d'ONG sur place est totalement disproportionné. (…) 398 ONG à caractère politique opèrent depuis Israël. Ces chiffres sont officiels. Leur nombre en Cisjordanie et à Gaza reste flou. Selon le magazine Spiegel, plus d'un millier auraient leur siège à Ramallah. »

Remarques :

Le nombre d’ONG mis en avant par le magazine Spiegel ne se cantonne pas à Ramallah.

En outre, le film ne cite aucune preuve ni aucune source pour étayer l’affirmation que « Le nombre d'ONG sur place » passerait pour être « totalement disproportionné».

Les recherches que nous avons effectuées sur la question ne nous permettent en aucun cas d’arriver aux mêmes conclusions. Il n’existe par ailleurs aucune documentation officielle sur les activités des ONG à l’échelle internationale.

Le groupe de coordination WANGO (« World Association of Non-Governmental Organizations ») a cependant recensé et publié la liste des ONG à portée internationale. Y sont citées 61 ONG pour Occupied Palestinian Territory“ et 127 ONG pour Israël.

00:29:21 Critiques à l’encontre de l’EAPPI (« Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël »)

Texte du film :

« Des infos sur l'EAPPI ? Aucune, hélas. L'EAPPI ne publie pas ses comptes. Nous savons que le Conseil Œcuménique des Eglises cofinance sa filiale, l'EAPPI. ONG-Monitor estime qu'elle est un des principaux soutiens au boycott. L'EAPPI redistribue une partie de son budget, notamment à "Femmes pour la Paix", de boycott contre Israël. Des collaborateurs de l'EAPPI participent aussi à la « Semaine contre l'apartheid israélien ». Un message repris par de nombreuses ONG : « Israël pratique la ségrégation comme l'Afrique du Sud autrefois. » Ou bien : « Israël tue des enfants palestiniens pour se venger. » Leur dernière trouvaille, en exclusivité : »Les Israéliens posent des couteaux près des cadavres de Palestiniens ». »

Remarques :

Les auteurs n’ont pas offert à EAPPI la possibilité de prendre position par écrit à ce sujet. C’est au WDR (la chaîne publique « Westdeutscher Rundfunk ») que revient l’initiative de cette démarche

L’EAPPI est intégré au programme du Conseil Œcuménique des Églises (« World Council of Churches »), dont on peut consulter le rapport financier pour l’année 2015 en ligne:

D’après les chiffres du rapport en ligne émanant du Conseil Œcuménique des Églises, il apparaît que 1 487 431,67 de francs suisses ont été alloués au programme EAPPI en 2015. Rien en revanche ne permet d’affirmer que l’EAPPI est l’un des principaux soutiens des campagnes de boycott visant les produits israéliens.

Les sources accessibles ne permettent en aucun cas de conclure au soutien logistique ou financier aux boycotts que l’EAPPI fournirait. Toute implication dans la « semaine de l’Apartheid israélien » n’est pas avérée non plus.

Les critiques émises dans le film à ce sujet ne s’appuient donc sur aucun fait concret.

Effectivement, certains anciens membres impliqués dans ce programme ont participé aux actions de boycott. Ces éléments isolés sont aussi visés par les critiques de propagande émises par les auteurs du film. Toutefois, les personnes incriminées ne s’expriment pas au nom de l’EAPPI.

Dans le courrier datant du 16 juin 2017 qu’il a adressé au WDR, l’EAPPI écrit:

Nous dénonçons la présence d’affirmations erronées concernant le Programme œcuménique d’accompagnement en Palestine et Israël (EAPPI) dans le documentaire « Élus et exclus – La haine des Juifs en Europe ».

L’Œuvre missionnaire évangélique en Allemagne (EMW) représente la branche allemande du programme en accord avec un cercle de coordination des différentes institutions. En tant que porte-parole du programme EAPPI, nous rejetons le reproche qui nous est fait de soutenir l’appel au boycott des produits israéliens, ainsi que celui de nous livrer à une campagne de propagande anti-israélienne et antisémite. En accord avec le Conseil œcuménique des Églises (COE), l’EAPPI ne participe pas à la campagne du mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions), pas plus qu’elle ne se livre à une comparaison entre la présente situation d’occupation et l’holocauste.

L’impression produite par le témoignage d’une ancienne participante au programme ne saurait refléter la position de l’EAPPI:

Le rejet de toute prise de position partisane étant l’un des principes fondamentaux de l’EAPPI.

L’EAPPI ne prend pas part aux conflits et milite en faveur des droits de l’Homme dans une perspective humanitaire et en conformité avec le droit international. L’association s’est fixé pour objectif d’assister tous les êtres humains confrontés à l’occupation de leur territoire. Elle accompagne aussi ceux qui militent pacifiquement en faveur d’une paix juste entre les Palestiniens et les Israéliens.

De leur côté, l’Œuvre missionnaire évangélique en Allemagne (EMW) et la Commission de l’Église évangélique du Moyen-Orient en Allemagne ont quant à elles souligné dans le cadre de publications des années 2009, 2010 et 2017, le lien particulier qui unit les chrétiennes et les chrétiens d’Allemagne avec le peuple juif et l’État d’Israël. Le Service des Églises évangéliques est parfaitement conscient de la situation difficile des Chrétiennes et Chrétiens en Palestine et se sent particulièrement sensibles aux problèmes de sa communauté religieuse.

C’est pour répondre à la volonté des chefs religieux locaux d’accueillir une présence internationale [sic], que le programme EAPPI a été lancé en 2002, à Jérusalem. Toutes ses activités s’appuient sur le droit international et les résolutions des Nations-Unies.

00:31:03 Accusations contre Pain pour le monde et B’Tselem

Texte du film :

« Cette comparaison avec l’Holocauste, on la doit à Pain pour le monde qui soutient aussi l’EAPPI. (…)En 2015, la fondation protestante « Pain pour le Monde » a consacré plus de 5,6 millions d’euros à des projets en Israël et dans les territoires palestiniens. De sa fusion avec le Service des Eglises Evangéliques d'Allemagne en 2012, naît une nouvelle organisation : « Pain pour le Monde – Service protestant de développement ».

Entre 2013 et 2015 ils versent plus de 800 000 euros à B'Tselem, une ONG israélienne qui accuse Israël d'apartheid et de méthodes nazies. Un de leurs collaborateurs a osé dire au journaliste Tuvia Tenenbom que l'Holocauste était un mensonge et, de surcroît, inventé par les Juifs. »

Remarques :

Pain pour le monde et B’Tselem n’ont pas été contactées par les réalisateurs et n’ont pu s’exprimer qu’ultérieurement, à l’invitation du WDR ou en réaction à la mise en ligne du film sur le site du quotidien Bild.

B’Tselem rejette catégoriquement les accusations dirigées contre elle.

Ce passage mentionne en outre Misereor, organisation qui soutiendrait des projets en Israël et en Palestine à hauteur de 1,7 million d’euros. À la suite de critiques, cette affirmation a été coupée du film par les auteurs.

On ne connaît pas d’accusations de nazisme dirigées contre B’Tselem. Pain pour le monde rappelle que la négation de l’Holocauste est un critère d’exclusion pour les collaborateurs de B’Tselem. Les propos négationnistes ont été tenus par un ancien collaborateur en 2014. Celui-ci a ensuite été congédié.

(cf. prise de position Pain pour le monde.)

B’Tselem est une ONG israélienne qui s’engage pour la solution des deux États et appelle le gouvernement israélien à stopper la colonisation dans les territoires occupés.

B’Tselem dénonce en outre les atteintes aux droits de l’Homme perpétrées par le Hamas. Sur son site Internet, la rubrique « Attacks on Israeli Civilians by Palestinians » (« Agressions contre des civils israéliens par des Palestiniens ») traite des récents attentats et actes de violences commis par des Palestiniens contre des Israéliens.

Le gouvernement de Benyamin Netanyahou critique vivement B’Tselem et Peace Now. Le premier ministre aimerait interdire le service civil au sein de B’Tselem.

Des personnalités israéliennes de renom siègent aussi bien au conseil d’administration qu’au comité consultatif de B’Tselem.

En réaction à la mise en ligne du film par le quotidien Bild sur son site Internet bild.de, l’organisation a publié la prise de position suivante sur son site le 13 juin 2017:

« Pain pour le monde soutient des projets en Israël. Entre autres ceux de l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem (« The Israeli Information Center for Human Rights in the Occupied Territories », ou « Centre israélien d’information pour les droits de l’Homme dans les Territoires occupés »). La condition sine qua non pour que nous soutenions une organisation partenaire est le rejet de toute forme de violence et l’engagement pour une résolution pacifique des conflits. Aux yeux de Pain pour le monde, tout projet qui ne reconnaît pas le droit à l’existence d’Israël, qui appelle au boycott des produits israéliens ou professe l’antisémitisme se voit retirer tout soutien [souligné par la rédaction] »

Dans un article consacré au documentaire d’ARTE Élus et exclus, le quotidien BILD évoque le rôle des organisations caritatives et le soutien apporté par Pain pour le monde à B’Tselem. Le documentaire reprend des faits datant de 2014 : lors d’une interview, un collaborateur nie l’existence de l’Holocauste.

Dès que B‘Tselem a eu vent de ces propos négationnistes, l’organisation a mené une enquête qui a conduit au renvoi du collaborateur. La négation de l’Holocauste est un critère d’exclusion pour ses collaborateurs. Nous sommes convaincus que B'Tselem respecte les conditions exigées par Pain pour le monde pour obtenir son soutien et qu’en cas de soupçon, une enquête est rapidement menée. C’est pourquoi nous poursuivons notre partenariat. L’objectif de B’Tselem est d’imposer le respect des droits de l’Homme, et en premier lieu le caractère inaliénable de la dignité humaine. [...] »

B’Tselem a également pris position :

"Lies and misrepresentation in "Auserwählt und ausgegrenzt – Der Hass auf Juden in Europa"

20 June 2017

Although only one minute out of the 90 in the documentary "Auserwählt und ausgegrenzt – Der Hass auf Juden in Europa" is devoted to B’Tselem, that one minute is so packed with lies that we feel compelled to respond and reject these falsehoods. First of all, the dedication to human rights by many B’Tselem staffers and supporters is bound up in their having relatives who survived – or perished in - the Holocaust. To impart false information (easily disproved by a quick Google search) and not follow the fundamental journalistic practice of asking B’Tselem to respond to such severe - albeit untrue - accusations seriously calls into question the filmmakers’ professionalism and motives.

The film, therefore, must be understood in context. Israel’s desire to endlessly perpetuate the occupation has led over the past decade to increasing attacks against groups and individuals in Israeli civil society who oppose it. These attacks employ smear tactics and manufacture imagined “traitors” from within, endeavoring to advance a nationalistic political agenda and to delegitimize human rights organizations by false portrayals. The charges made in the film, along with the misrepresentation of B’Tselem as a "political advocacy organization", rather than as a Human Rights organization, are based entirely on such propaganda efforts by Israeli government affiliated pro-occupation organizations.

B’Tselem has never accused Israel of using Nazi methods. This is a despicable and slanderous lie, which even the film’s creators could not back up with any evidence. Moreover, the interview by Tuvia Tenenbom is presented in such a way as to keep viewers in the dark about the fact that the three year old entrapment effort has long been resolved. Nowhere does the film state that B’Tselem immediately and categorically condemned the sentiments expressed, or that B’Tselem terminated the employment of the field researcher in question back in October 2014, following the incident. At best, this is sloppy, unethical journalism; at worst, a deliberate omission of relevant information designed to mislead viewers.

B’Tselem – The Israeli Information Center for Human Rights in the Occupied Territories opposes the Israeli occupation which has been denying basic rights to millions of Palestinians for more than fifty years. The work of human rights organizations such as B’Tselem is deeply grounded in principles formulated following the horrors of the Holocaust and WWII. Conflating our work with antisemitism is as outrageous as it is dangerous: it undermines the very real threat of antisemitism and other forms of racism, and it cannot be tolerated."

00:33:14 Les fonds de l’Union européenne et les ONG

Texte du film :

« D'après les estimations, l'UE, les gouvernements européens, les Églises et les organisations de l'ONU cofinancées par l'UE envoient 100 millions d'euros d'argent public par an à des ONG à caractère politique, qui pratiquent des campagnes de dénigrement systématique d'Israël. La contribution allemande s'élève à 10 millions d'euros par an. Mais combien vont vraiment aux ONG des territoires palestiniens ? Personne ne le sait. »

Remarques :

Le film évalue à 100 millions d’euros l’aide financière annuelle apportée à ces ONG par l’UE, les gouvernements européens, les Églises européennes ainsi que les antennes des Nations Unies co-financées par l’UE. Ces données proviennent du NGO Monitor qui met en avant des chiffres relatifs à des ONG qu’il considère comme hostiles à Israël : nous voyons là un manque de neutralité.

Ces informations ont été intégrées au film sans avoir été revérifiées.

La vérification de ces données n’a pu que se faire de manière fragmentaire. De 2012 à 2016, la base de données des rapports trimestriels du NGO Monitor, recense des paiements d’un montant de 235 969 047 shekels (soit environ 59 505 400 euros) en faveur de 34 ONG.

Pour 27 ONG, la base de données du NGO Monitor recense à partir des rapports annuels des paiements d’un montant total de 261 102 326 shekels (soit environ 65 843 400 euros).

Des organisations allemandes, l’Agence allemande de coopération internationale GIZ, Pain pour le monde, l’ambassade d’Allemagne, Misereor, et d’après le NGO Monitor, Medico, la Rosa-Luxemburg-Stiftung et Facing Finance e.V. ont versé en 2015 9 250 822 shekels à des ONG, soit environ 2 332 820 euros.

Les données publiées par le NGO Monitor dans sa base de données ne sont pas cohérentes : certains paiements figurent ainsi deux fois, si bien que le total qui s’affiche automatiquement ne peut pas être repris. Pour les mêmes années, les deux bases de données indiquent des sommes divergentes versées par les mêmes donateurs aux mêmes ONG.

C’est ainsi que les estimations du NGO Monitor quant au soutien apporté à B’Tselem par Pain pour le monde et / ou le Service des Églises évangéliques en Allemagne pour le développement (Evangelischer Entwicklungsdienst, EED) varient grandement. Sur http://www.ngo-monitor.org/ngos/b_tselem/ apparaissent 810 425 shekels pour l’année 2013, 111 957 shekels pour 2014 et 618 862 shekels pour 2015, soit pour ces trois années un total de 1 541 244 shekels ou 390 752 euros.

(calculs réalisés le 16 juin 2017 à 16h sur le site http://www.ngo-monitor.org. Les recherches et leurs résultats ont été enregistrés.)

Pour les donateurs Pain pour le monde et Service des Églises évangéliques en Allemagne pour le développement, le NGO Monitor précise les données (http://www.ngo-monitor.org/funder/bread_for_the_world_eed/) comme suit :
« Information about funding to Israeli NGOs for 2012-2014 was taken from annual reports submitted to the Israeli Registrar of Non-Profits; for 2015-2016, from quarterly reports submitted to the Registrar. Information about funding to Palestinian NGOs was taken from other sources (see links in table). »

En procédant aux requêtes suivantes dans les deux bases de données, les résultats sont :

  • Requête « Annual Reports 2013 » : 1 372 416 shekels, dont 286 637 shekels pour 2014 et 449 891 perçus en 2012 ;
  • Requête « Annual Report » 2014 : 1 927 198 shekels, dont 286 637 shekels de 2013 ;
  • Requête « Quarterly Reports » pour 2015 : 618 862 shekels. En déduisant les montants qui figurent deux fois pour 2014, on arrive à 3 631 839 shekels. Ce qui ferait 920 781 euros.

En déduisant encore les paiements de l’année 2012, d’un montant de 449 891 shekels, on arrive à 3 181 948 shekels, soit 806 720 euros.

Les deux données avancées par NGO Monitor pour le soutien apporté à B’Tselem par Pain pour le monde et le Service des Églises évangéliques en Allemagne pour le développement varient de près de 100 % (390 752 euros ou 806 720 euros).

Autre exemple censé appuyer la validité des chiffres repris par NGO Monitor dans le film : le financement par Oxfam International et ses antennes nationales. Dans un tableau du 11 juin 2017, NGO Monitor recense un soutien de la part d’Oxfam d’un montant de 27 900 000 euros rien que pour l’année 2015. Un chiffre que les rapports financiers d’Oxfam ne permettent pas de vérifier. Oxfam n’a pas de rapport financier pour l’exercice d’une année calendaire mais jusqu’au 31 mars de chaque année. Pour 2015, NGO Monitor recense dans sa base de données en ligne des rapports trimestriels un versement de 1 913 666 shekels, soit environ 442 256 euros, destiné à Oxfam Belgique, Oxfam Royaume-Uni et Oxfam Novib (Pays-Bas).

Dans le rapport annuel d’Oxfam International pour 2014/2015 figurent des rentrées d’un montant de 11 789 801 livres sterling. Le rapport annuel d’Oxfam International pour 2015/2016 indique des rentrées d’un montant total de 17 902 561 livres sterling. Si Oxfam avait réellement versé 27 900 000 EUR à des ONG, cela équivaudrait au montant total des rentrées annuelles d’Oxfam International.

Oxfam International est clairement opposé au boycott contre Israël.


On ne comprend pas pourquoi malgré tout, NGO Monitor fait d’elle une organisation hostile à Israël.

Les 10 millions apportés par l’Allemagne aux ONG que mentionne le film ne peuvent être prouvés au vu du flou qui règne en matière de données et de l’absence de preuves supplémentaires.

De même, les « campagnes de dénigrement systématique d'Israël » menées par les ONG ne sont ni précisées ni attestées.

00:33:43 Gerald M. Steinberg et « NGO Monitor »

Texte du film :

Gerald M. Steinberg, politologue et fondateur du « NGO Monitor »

Remarques :

Gerald M. Steinberg est le fondateur du « NGO Monitor ».

Cette organisation a fourni une grande partie des informations sur lesquelles le film s’appuie.

Ce que le film ne dit pas, c’est qu’il ne s’agit pas d’un organisme indépendant.

Cofondé par la Wechsler Family Foundation, le « NGO Monitor » est financé par des fondations et des particuliers américains.

Le « NGO Monitor » est également lié étroitement à l’Institute for Zionist Strategies. Cet institut, qui a de nombreux soutiens aux États-Unis, œuvre à la colonisation par des Juifs des territoires occupés par Israël depuis 1967. Il poursuit donc des objectifs politiques.

Pour ces raisons, il nous semble impossible d’utiliser le « NGO Monitor » comme unique source du film.

00:33:09 Les médias allemands et le conflit du Proche-Orient

Remarques :

Les titres de journaux montrés dans le film donnent à penser que le paysage médiatique allemand est globalement critique envers Israël.

Pourtant, les travaux des universitaires ne confirment pas cette image :

« Des études comparables montrent, par exemple, que la couverture de la deuxième Intifada et des guerres de 2009 et 2012 à Gaza dans la presse de qualité ainsi qu’à la télévision allemande était assez uniforme sur le fond et que les journalistes cherchaient avant tout à traiter les parties belligérantes de manière équilibrée. »
(IFEM 2002 ; Maurer/Kempf 2011 ; Witte 2014)

00:37:48 La comparaison Gaza-Paris

Texte du film :

"Bien des choses rappellent les autres pays musulmans. Parfois, en mieux. Les faits. L'espérance de vie d'un Gazaoui est de 74 ans. C'est davantage qu'en Egypte ou en Ukraine et que dans 125 autres pays. La mortalité infantile est la même qu'en Turquie et donc inférieure à celle de 97 autres Etats. 1,8 million d'habitants vivent sur 360 kilomètres carrés. Soit en moyenne 5000 habitants au kilomètre carré. Contre 21 000 habitants au kilomètre carré, à Paris."

Remarques :

L'ensemble de la bande de Gaza est comparée ici à Paris. La bande de Gaza a une superficie de 360 kilomètres carrés. Celle de Paris intra-muros ne représente que 105 kilomètres. La ville de Gaza a une superficie de 45 kilomètres carrés, et une densité de 12 202 habitants au kilomètre carré. Soit plus du double du chiffre avancé dans le film.

00:38:05  Reproche contre l’ONG « Vision du Monde »

Texte du film :

"La corruption règne au Hamas. Ses fonctionnaires se construisent des villas avec mosquée. D'où vient l'argent ? Peut-être d'ici : un employé palestinien de l'organisation chrétienne "Vision du Monde" doit répondre en justice du détournement de plusieurs millions d'euros d'aide financière au profit du Hamas. Le procès est encore en cours. Ce genre d'affaires pourrait expliquer les villas de luxe..."

Remarques :

Les auteurs du film n'ont pas demandé à l'organisation Vision du Monde d'exprimer sa position. L'allégation selon laquelle des collaborateurs de Vision du Monde auraient détourné 45 millions d'euros d'aides financières au profit du Hamas n'est pas prouvée.

Pour l'heure, une procédure judiciaire est en cours contre une personne (et non plusieurs) soupçonnée de corruption. La procédure n'est pas terminée, eu égard au principe de la présomption d'innocence.

Par ailleurs, une enquête menée par le gouvernement australien n'a pu établir en aucune façon que des versements aient été effectués en faveur du Hamas.

L'organisation Vision du Monde donne les explications suivantes au WDR :

« Pendant les dix années au cours desquelles l'employé soupçonné de corruption a travaillé pour Vision du Monde, le budget alloué aux projets destinés à la bande de Gaza ne s'élevait « qu'à » 22,5 millions de dollars. »

Au moment de son arrestation le 15 juin 2016, l'employé en question n'était responsable des projets pour Gaza que depuis deux ans. Par ailleurs, il était autorisé à gérer un budget limité à seulement 15 000 dollars."

Le lien suivant renvoie à toutes les déclarations relatives à l'affaire de Gaza :

00:45:02 Le Hamas et les aides européennes

Texte du film :

"Hors caméra, on nous a confié que l'Occident devrait stopper toute aide à Gaza pour que le régime du Hamas s'écroule, même si cela devait prendre des années. Le mouvement pro-palestinien en Europe fait figure de 5e colonne du Hamas."

Remarques :

Le fait que le régime du Hamas s'écroulerait si l’Europe ne soutenait plus la Palestine, est extrêmement discutable. Le Hamas ne se limite pas à la seule Palestine, il a un solide réseau à travers le monde arabe.

« La 5ème colonne » fait référence à des organisations clandestines aux activités subversives qui fomentent des coups d'État. Dans son argumentation, le commentaire jette ainsi une suspicion générale sur ceux qui soutiennent la Palestine.

00:45:58 L’argent de l’UNRWA est-il vraiment détourné ?

Texte du film :

« Cette organisation de l’ONU est le deuxième employeur, juste derrière l'Autorité palestinienne. Elle fait travailler 30 000 personnes, la plupart palestiniennes. Seule une petite partie des 1,36 milliard d'euros parvient à la population. Nous avons pu le constater auprès des réfugiés. »

Remarques :

Le film ne détaille pas la part des fonds qui parvient ou ne parvient pas à la population. Déclarer, comme le font les réalisateurs : « Nous avons pu le constater auprès des réfugiés » ne suffit pas. Il aurait fallu enquêter davantage.

D’ailleurs, l’UNRWA nie ce qui lui est reproché dans le film.

00:48:30 Les reproches adressés par David Bedein à l’UNRWA

Texte du film :

David Bedein, « Center for Near East Policy Research »

On ne sait pas où va l'argent. L'UNRWA est la seule organisation de l'ONU qui reçoit son argent directement des pays donateurs. La seule organisation de l'ONU qui n'a pas de conseil de surveillance. La seule organisation de l'ONU qui travaille exclusivement avec des locaux. En 1988, quand l'UNRWA a transféré aux comités des camps de réfugiés la gestion des fonds venus de l'extérieur, il a perdu tout contrôle sur l'utilisation de l'argent. Les sommes allouées aux services médicaux, aux services d'aide ou à l'aide alimentaire, sont transférées aux comités locaux. Et de là, personne ne sait où ça va.

Remarques :

Plusieurs de ces déclarations sont fausses ou peuvent induire en erreur.

Ainsi, si l’UNWRA n’a pas de conseil de surveillance, il a en revanche une commission consultative et des instances de contrôle interne comparables à un service d’audit interne dans une entreprise.

David Bedein, directeur du « Center for Near East Policy Research » affirme également que l’UNRWA n’a aucun contrôle sur les fonds qu’elle distribue. Mais cela aussi n’est pas juste. L’UNRWA est doté d’une commission consultative depuis 1949. L’argent est distribué par deux canaux : soit dans le cadre du programme de base (Core Programme Budget), soit dans le cadre des programmes d’urgence (Emergency Appeals). Les budgets de ces programmes peuvent être consultés sur Internet. L’UNRWA présente également un rapport à l’assemblée générale des Nations Unies.

Par ailleurs, l’UNRWA met en œuvre une politique de santé et possède un hôpital à Qalqilya en Cisjordanie,

Il est également faux d’affirmer que l’UNRWA n’emploie que du personnel local.

00:49:30  Á propos de l’intervenant :

Texte du film :

Eugene Kontorovich – Professeur de droit international

Remarques :

Le professeur Eugene Kontorovich est présenté à l’image dans la version française comme « professeur de droit international ». Nulle mention n’est faite de son statut de membre du Conseil consultatif de NGO monitor. Nous estimons que le film aurait dû faire preuve de transparence et mentionner cet engagement.

00:52:14  À propos de l’intervenant

Texte du film :

Marc Bensimhon, avocat

Remarques :

Marc Bensimhon est aussi avocat du Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA).

N’ayant que le titre neutre d’avocat pour situer l’intervenant, le téléspectateur reste dans l’ignorance de l’autre aspect de son domaine d’expertise.

Plus loin dans le film, un autre intervenant, Sammy Ghozlan, est présenté comme le fondateur du BNVCA sans que le sigle ne soit pour autant expliqué dans le commentaire.

01:16:08  L’attaque du Bataclan

Texte du film :

L'attentat du Bataclan fait 90 victimes et des centaines de blessés. Les ex-propriétaires de la salle venaient d'émigrer en Israël. Le Bataclan accueillait des galas de bienfaisance pour Israël. Ses propriétaires juifs étaient menacés depuis 2008. En 2011, le Bataclan avait échappé de peu à un attentat, grâce à des actions concertées au niveau international.

Remarques :

Aucun élément ne permet de conclure que c’est l’antisémitisme qui a motivé l’attaque du Bataclan perpétrée en novembre 2015, attaque qui par ailleurs a été revendiquée par l’organisation État islamique.

On ne peut donc affirmer que cette opération s’inscrit dans une série d’attentats antisémites.

01:19:08 Des synagogues attaquées

Texte du film :

Pour la première fois en France, des synagogues sont ciblées.

Le 13 juillet 2014, des manifestants s'en prennent à la synagogue Don Isaac, à Paris. La présence policière est restreinte. Alors que les fidèles, terrorisés, restent barricadés à l'intérieur, des membres de la communauté juive tentent de protéger le bâtiment. Les groupes antisémites les poussent à fuir. La synagogue est cernée. Seule l'intervention des forces spéciales permet d'éviter un bain de sang. La presse conservatrice reprochera aux Juifs leur attitude provocatrice. Les Juifs qui se défendent sont vus d'un mauvais œil... Pour beaucoup de Juifs français, cette journée marque un tournant.

Remarques :

Parmi les membres de la communauté juive qui ont défendu leur lieu de prière avec des chaises se trouvaient aussi des adolescents de la Ligue de défense juive.

Aux États-Unis, cette organisation est classée comme terroriste. Même Israël l’a désignée comme telle en 1994.

Dans ce contexte, la presse a accusé les jeunes gens issus de cette organisation d’avoir joué la provocation.

Voir par exemple:

01:20:05 Sarcelles

Texte du film :

Surnommée « la petite Jérusalem », la ville abrite 13 000 Juifs français, dont de nombreux réfugiés venus d'Algérie dans les années 1950 et 60. Jusqu'à l'été 2014, Sarcelles faisait figure de modèle multiculturel exemplaire. Un creuset où cohabitaient Juifs, chrétiens et musulmans, dans un quartier comptant 60 000 habitants.

Remarques :

Depuis le début des années 2000, Sarcelles passe pour une des banlieues parisiennes parmi les plus dangereuses. Mais les tensions qui agitent sa population multiculturelle sont plus anciennes.
(Rahsaan Maxwell, « Ethnic Minority Migrants in Britain and France: Integration Trade-Offs », Cambridge, 2012, p. 170 et ss.)

01:20:32 Attaque contre une synagogue à Sarcelles

Texte du film :

Vint alors le dimanche 20 juillet 2014...

« Palestine ! Venez équipés de mortiers, extincteurs, matraques. Venez nombreux. Descente au quartier juif de Sarcelles... »

3000 manifestants répondent à l'appel. La synagogue est ciblée. La police parvient à la protéger. La foule scande : « Mort aux Juifs. Hitler avait raison. » Les manifestants pillent une pharmacie tenue par des Juifs et un supermarché cacher, puis y mettent le feu. La police parle d'une « Intifada parisienne ».

Remarques :

Les incidents montrés se sont déroulés à la gare de Sarcelles le 20 juillet 2014 : ils sont le fruit de la confrontation entre une manifestation pro-palestinienne et une manifestation de l’organisation terroriste précédemment citée, la Ligue de défense juive. Ces deux manifestations avaient été interdites. Les médias ont par ailleurs critiqué l’assaut mené par la Ligue de défense juive.

Parmi les habitants interrogés, certains ont exprimé leur inquiétude tout en admettant s’être sentis soulagés de voir les jeunes leur venir en aide.

Les médias français évoquent seulement quelques centaines de manifestants prêts à en découdre.

Sollicités à propos de ces chiffres, les auteurs avancent comme source un article du mensuel bavarois Bayernkurier dont les formulations ont été largement reprises dans ce passage du film.

Stand: 21.06.2017, 20:44